Années 90, Elizabeth et Jack habitent l’un en face de l’autre dans un quartier délabré de Chicago. Ils s’observent, tombent amoureux à distance, finissent par se rencontrer. Vingt ans plus tard, mariés, parents d‘un jeune enfant imprévisible, bientôt propriétaires d’un appartement, la magie du coup de foudre et la bohème de leur jeunesse se sont éloignées. Nous voici plongés dans l’anatomie d’un couple qui se délite. Elle s’épuise par perfectionnisme dans l’éducation de leur fils, les tâches ménagères et fantasme un avenir plus satisfaisant, lui s’estime quelconque, pas à la hauteur. Chacun se perd dans des techniques illusoires pour aller mieux : chercheuse en psychologie, elle s’appuie sur des études scientifiques, lui s’en remet naïvement au Système, un gadget qui quantifie ses besoins physiologiques et psychologiques. Des retours en arrière révèlent l’enfance qu’ils ont fuie pour une liberté artistique ou une vie sans emprise. L’auteur décrypte avec acuité et humour une société en perte d’authenticité qui favorise la crédulité : thérapies de bien-être en tous genres, gentrification en fausse bonne conscience des quartiers, mystification artistique, complotisme des réseaux sociaux, manipulation des algorithmes… Ce deuxième roman, long, très dense, se lit pas à pas et confirme le talent brillant de Nathan Hill (Les fantômes du vieux pays, Les Notes septembre 2017). (A.-M.Gi. et V.A.)